Atelier Jean de Rouen

 

En collaboration avec l’université de Coimbra, l’équipe HISTARA prépare un projet de recherche autour de l’architecte et sculpteur Jean de Rouen, actif au Portugal de la fin des années 1520 jusqu’à sa mort en 1580. Depuis les expositions des années 1990, accompagnées de tentatives de dresser un catalogue de son œuvre, peu d’attention a été prêtée à ses productions, dépourvues encore de traits stylistiques clairs. Au sein de ce projet auquel participeront aussi les universités de Nantes et de Saragosse, deux séminaires sont d’abord prévus à Coimbra et à Rouen, afin d’établir un catalogue fondé sur des attributions certaines. On tentera ensuite de déterminer des critères morphologiques et stylistiques qui permettront d’établir des références plus solides, constituant une structure de base pour une nouvelle étude de cette œuvre qui s’avère significative dans le contexte des processus de migration européens. Au sein de l’équipe HISTARA, les porteurs de ce projet sont Sabine Frommel et Nicolas Trotin, doctorant à l’EPHE.

 


Colloque international – Rouen le 28/29 juin 2019

« Jehan de Rouen, architecte et sculpteur européen à la Renaissance »


 

– argumentaire –

 

L’École Pratique des Hautes Études-PSL (Paris) et l’équipe Histara EA 7347 (direction : Sabine Frommel), l’Université de Rouen (Grhis), le Centre d’Études en Archéologie, Arts et Sciences du Patrimoine de l’Université de Coimbra (Portugal) et le Musée des Antiquités de Rouen s’associent pour poursuivre les travaux consacrés à la personnalité et à l’œuvre d’un artiste aussi fécond que méconnu hors du Portugal : Jehan de Rouen. Le colloque organisé à Coimbra en avril 2018 fut l’occasion d’une première manifestation d’ampleur internationale qui rassembla des spécialistes de la Renaissance méridionale autour de cette figure majeure de l’art du xvie siècle portugais.

Actif tout au long du siècle, Jehan de Rouen s’illustra tant dans le domaine de l’architecture que dans celui de la sculpture mais son œuvre, de définition peu aisée face à une production intense, multiforme et plurielle, exige d’être encore examinée en prenant appui sur les lignes de force qui ont été dégagées lors de la rencontre de Coimbra. Un second colloque, cette fois réuni en Normandie en juin 2019, aura pour but d’examiner les œuvres conservées de l’artiste et de les replacer dans le contexte du panorama artistique de sa formation. Il s’agira de faire apparaître plus clairement son rôle dans les processus des transferts artistiques entre les foyers normands et septentrionaux et le royaume lusitanien, processus et évolutions qui donnèrent à l’art portugais de la Renaissance ses traits distinctifs. Jehan de Rouen ayant manifestement été formé en Normandie au début du xvie siècle, il conviendra en effet de mieux comprendre quelles relations la province normande pouvait entretenir avec le royaume portugais, et pour cela revenir sur l’histoire des communautés portugaises installées à Rouen et à Harfleur à la fin du xve siècle. La question d’un séjour italien avant son arrivée au Portugal reste par ailleurs toujours ouverte et élargit encore le cadre géographique de ce travail.

 

La connaissance actuelle que l’on a de Jehan de Rouen est fondée sur une historiographie fixée, pour l’essentiel, au début du xxe siècle par Prudêncio Quintino Garcia qui rassembla les documents historiques disponibles dans un ouvrage de référence, João de Ruão. MD…-MDLXXX. Documentos para a biografia de um artista, (Coimbra, 1913). Les études qui suivirent se fondèrent toutes sur ce corpus documentaire, tout en élargissant leur regard vers la circulation d’artistes et modèles, les rapports entre la production de l’œuvre et son atelier, ou encore la confrontation entre l’œuvre et la commande plus au moins éclairci. Or, après un siècle de recherche portugaise et à l’heure où les attributions d’œuvres sculptées et d’églises se font de plus en plus nombreuses, examiner à nouveaux frais les sources manuscrites, les sources publiées, la documentation historique comme les œuvres elles-mêmes est devenu indispensable à l’édification d’un catalogue solide et fiable. L’exposition documentaire qui accompagnait le colloque d’avril 2018 au Musée Machado de Castro (Coimbra) a déjà fourni un terminus a quo à cette recherche essentielle, qui doit encore être menée de manière systématique.

De même, l’examen de l’œuvre architectural et sculptural de Jehan de Rouen révèle l’étendue de sa culture esthétique et de son univers visuel. Dès lors, il apparaît nécessaire de s’interroger sur les évolutions dans le domaine de l’architecture religieuse qu’il aurait pu connaître ou qui sont contemporaines de ses propres réalisations, que ce soit dans le royaume de France, sous l’influence flamande et allemande, en Espagne ou en Italie. On pourra ainsi les contextualiser et mieux comprendre comment elles s’insèrent dans les arts européens de la Renaissance. Un tel questionnement devra s’appliquer à tous les domaines où l’activité de Jehan de Rouen s’est développée (architecture, sculpture, ornement).

 

Considérant Jean de Rouen comme un agent fondamental soit pour la sédimentation de la conscience portugaise « à la manière de l’Italie » (selon les mots de Francisco de Holanda), soit pour la projection de la culture artistique de la Renaissance, il serait légitime de comprendre si ses innovations formelles, issues des arts normands et italiens, ont franchi les frontières européennes du royaume de Portugal pour s’épanouir dans les possessions ultramarines de l’empire lusitanien.

 

Le Colloque de juin 2019 se veut ainsi comme un point de rassemblement de la communauté scientifique autour des sujets suivants :

 

  1. La géographie des ateliers de sculpture normande du 15ème et 16ème siècles.
  2. Les rapports et échanges politiques, diplomatiques, commerciaux et artistiques entre France, Italie et Portugal.
  3. La symbiose entre la sculpture et l’architecture au 16ème siècle.
  4. Jean de Rouen – modèles, formes d’expression et projection internationale.

 

Comité scientifique :

Sabine Frommel, Directeur d’études, École Pratique des Hautes Études – PSL ;

Marion Boudon, Professeur, CESR, Tours ;

Frédéric Cousinié, Professeur, Université de Rouen ;

Fréderic Elsig, Professeur, Université de Genève ;

Maria de Lurdes Craveiro, Professeur, Université de Coimbra ;

Joana Antunes, Professeur, Université de Coimbra ;

Carla Alexandra Gonçalves, Professeur, Université Aberta ;

Jean-Marie Guillouët, Maître de Conférences, Université de Nantes ;

Nicolas Hatot, Conservateur, Musée des Antiquités de Rouen.

 

Secrétariat scientifique :

Nicolas Trotin, Doctorant, École Pratique des Hautes Études – PSL

 

Date limite de dépôt des propositions de communications : 1er mars 2019

 Contact : Colloque.jehanderouen@gmail.com

 

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Colloque international A Europa (quase) toda em Coimbra. Regra e hibridismo na produção escultórica de João de Ruão / 26, 27, 28 avril 2018, Coimbra (Portugal) Programme

Le Groupe des Etudes Multidisciplinaires d’Art (GEMA) du Centre des Etudes d’Archéologie, Arts et Sciences du Patrimoine (CEAACP) de l’Université de Coimbra, en collaboration avec l’Institut d’Histoire de l’Art de la faculté des Humanités de l’Université de Coimbra et l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Sorbonne, PSL, équipe Histara 7347) a organisé le colloque (Presque toute) l’Europe à Coimbra. Règle et hybridité dans la production sculpturale de Jean de Rouen, qui s’est tenu à Coimbra (Portugal) du 26 au 28 avril 2018.

Le Normand Jean de Rouen établit à Coimbra le plus dynamique atelier de sculpture du Portugal au XVIe s. Travaillant toujours le calcaire régional, sa production se distingua par un traitement anatomique du corps associé à des motifs ornementaux issus de plusieurs sources, allant de pair avec un exercice scientifique de perspective et une spatialité en accord avec les bases théoriques de l’Humanisme chrétien. Sa constante dualité entre le travail sculptural et la construction d’un espace architectural le consacra dans la spécialisation de sculpteur-architecte, tant appréciée des érudits et des puissantes élites.

L’importance de Jean de Rouen dans le paysage artistique du Portugal (et de Coimbra) ne correspond pas à la relative discrétion que lui réserva l’historiographie. S’il n’est pas possible d’étudier la création des arts visuels au XVIe s sans mentionner son nom, il n’en est pas moins vrai qu’une telle analyse de son œuvre a été marginale ; elle est absente de toutes les publications en attente urgente d’un décodage qui permettrait une meilleure compréhension du processus complexe menant à sa production spécifique et à un circuit plus vaste intégrant les mouvements artistiques européens de la majeure partie du XVIe s. Après la dernière monographie sur son œuvre en 1980, fondée sur toutes les données parvenues depuis, les grands objectifs de ce colloque ont porté sur les thèmes suivants :

 

  1. Mobilité et recréation.

La circulation des œuvres d’art et des artistes dans un contexte européen élargi encourage la reproduction des formes et des modèles conceptuels dans un univers marqué par les relations dynamiques tant politiques, que diplomatiques, commerciales et artistiques. Elle n’exclut ni la capacité de réajustement systématique vers une atmosphère créative particulière, ni les directions alternatives imposées par des éléments étrangers à l’œuvre. L’interaction développée entre les différentes géographies culturelles, comme la Normandie, le territoire français, l’Italie, les Flandres, l’Espagne et le Portugal, sera une matière à recherche centrée sur l’interprétation de l’œuvre de Jean de Rouen, notamment à Coimbra.

  1. Conditions de travail et statut social des artistes

Les conditions de travail du sculpteur sont essentielles pour décoder la nature et les résultats de son œuvre. La gestion des hiérarchies mises en place dans l’atelier ou les relations avec telle commission interfère avec le processus créatif et révèle le degré d’indépendance plus ou moins grand au sein des réseaux sociaux et de travail.

  1. Sculpture et architecture. Aires de contamination.

Porter sur un plan formes et volumes, et sculpter l’espace sont les ingrédients de base dans la production de Jean de Rouen. Au sein de la culture scientifique de l’époque, le rendu de la perspective et les techniques portant sur le travail de la pierre débouchent sur des résultats spécifiques en sculpture et en architecture, avec à la fois rigidité et flexibilité comme aboutissements possibles. Cependant, la sculpture contamine l’architecture et vice versa. Ainsi, l’infiltration de motifs hybrides dans la structure compositionnelle pourrait être comprise comme une action portant l’idée de totalité cosmique et d’harmonie. En outre, la subtile ligne historiographique séparant l’Humanisme des positions alignées sur la Réforme catholique s’efface à l’examen de l’œuvre de Jean de Rouen, subissant toujours les multiples interférences qui guident ces dernières.

  1. Jean de Rouen en quête d’identification.

Au sein de l’immense production émanant de l’atelier de Jean de Rouen, l’identification des diverses « mains » dans l’œuvre artistique continue à représenter un défi très difficile pour l’historiographie. La plupart du temps, en l’absence d’une analyse plus détaillée d’une telle diversité, la solution est d’attribuer ces pièces à l’Ecole de Jean de Rouen ». L’identification des diverses sensibilités ou capacités techniques alternatives serait un bon premier pas vers une nouvelle lecture de (ce qui demeure encore) l’énigmatique Jean de Rouen.