L’histoire de l’art comme savoir oral. Penser un nouveau paradigme, inventer des protocoles.

Depuis les années 1980, l’oral history s’est considérablement développée dans le champ des sciences humaines et l’histoire de l’art n’y a pas échappé. Fonctionnant sur le principe d’entretiens oraux, cette histoire orale a cependant laissé hors de son champ de considération la production déjà existante de contenus – cours, conférences, entretiens, interviews, etc. – relevant de l’activité scientifique et ayant fait l’objet d’un enregistrement sonore ou audiovisuel.

Rarement considérés pour leurs valeurs mémorielles et intellectuelles contrairement à leurs indispensables pendants écrits, ces matériaux oraux sont d’un intérêt épistémologique majeur. Ils soulèvent de plus, à l’heure de la massification des usages du numérique et de la multiplication des canaux de diffusion, des enjeux cruciaux pour l’histoire de l’art en tant que discipline « citoyenne » et levier indispensable de la transmission artistique et culturelle.

Ce programme de recherche se propose ainsi d’engager une réflexion inédite sur un champ d’études encore inexploré et inexploité : l’histoire de l’art au sens large – incluant l’archéologie, l’architecture et l’histoire du patrimoine – pensée comme savoir oral. Il entend tracer la voie pour un paradigme nouveau de la discipline aux prises avec la multiplicité des pratiques liées à l’oralité des savoirs. Il entend également édifier, à partir de problématiques résolument interdisciplinaires, des protocoles afin de rendre accessible aux chercheurs, enseignants, étudiants ou amateurs un patrimoine intellectuel sonore et audiovisuel de première importance – à la croisée de l’histoire de l’histoire de l’art, de l’épistémologie des savoirs, de la muséologie, de la médiation, de la sociologie et des humanités numériques – à des fins d’étude, de formation, d’information ou de loisir culturel.

Souhaitant fédérer un large ensemble de partenaires institutionnels nationaux et internationaux, ce projet de recherche permettra d’inventorier les différentes pratiques de l’oralité, d’en mesurer l’intérêt historique et de penser les modalités théoriques et pratiques de leur valorisation. À terme, il s’agit de mettre au point une politique exemplaire de conservation, d’exploitation et de diffusion de ces ressources pouvant être déployée, dans un second temps, au sein d’institutions souhaitant valoriser leur patrimoine oral.

 

Florian Métral